Il y a deux bateaux qui sont partis pour la côte de Gaza malgrès ce qui est arrivé, du débat qui va continuer, deux visions du monde vont se confronter. L'une qui va défendre que ces militants auront mérité ce qui va leur arriver puisqu'ils sont maintenant "prévenus". C'est sur ce reflexe que pari le gouvernement Israëlien qui prépare déjà le terrain en expliquant qu'il s'agit de "terroristes" et "d'islamistes du Hamas".

Une autre vision, qui dit que ces militants sont des "militants de la paix" et des gens tellement solidaires du reste de l'humanité, qu'ils acceptent de mettre leur vie en danger pour lutter contre les injustices qui touchent d'autres qu'eux. Des militants qui, même s'ils ne le formulent pas nécessairement ainsi, sont dans la tradition de lutte "non violente" dont se revendique l'écologie politique.

Le fait que ce soit l'une ou l'autre de ces deux lectures prédominera risque d'influer sur l'ensemble de la représentation que nos sociétés vont se faire de la situation au proche orient. Plus, ces actions, de par leur nature faisant appel à l'humanisme de l'autre, questionnent les valeurs de solidarité de nos sociétés. La "non violence" est une arme redoutable car elle est un miroir montrant le visage réel de celui à qui elle s'adresse. Le gouvernement et l'armée israélienne ont voulu montrer à quel point ils se veulent "maîtres" à Gaza. Ils ont montré a quel point les valeurs de leur société a été "corrompue" par l'occupation (pour reprendre les termes de Avraham Burg, ancien membre de la Knesset).

L'hésitation de l'administration Obama montre bien que, surtout à l'approche d'une période électorale, derrière cette question, se cache aussi la question de la politique extérieur américaine. L'Amérique d'Obama, contrairement à celle de Bush, se veut basée sur des valeurs de dialogue des civilisations et de paix mais c'est aussi un pays qui a une alliance stratégique et un lien fort avec Israël (sans parler de toute leurs choix géo-politiques). D'où l'apparition d'une contradiction patente entre leur souhait de refaire vivre un processus de paix et le soutien "absolu" (pour reprendre le terme que vient d'employer Biden, vice président américain) à l'Etat d'Israël.

En fait, de la guerre "médiatique" et des "opinions" qui se jouent avec cette "évènement", risque de se caler des choix essentiels dans la politique américaine (donc la vie ou la mort d'un processus de paix), mais aussi dans l'acceptation que se font nos sociétés de l'écart "tolérable" entre les principes et leur réalité d'application.

Derrière la question des "flotilles de Gaza", se joue le choix d'aller vers la sortie ou la continuation du colonialisme...

Ce mouvement "pacifiste" a une spécificité par rapport aux formes habituels de l'action non violente que l'on connaît en occident et qui pose question. En effet, certains des occupants du bateau on résisté en utilisant ce qu'ils trouvaient à leur portée. On ne connait pas encore les circonstances exactes de ce qui s'est passé dans les bateaux mais même à supposer que cette "resistance" aie été décidée en conscience, elle ne dénaturerais en rien la démarche "non violente" au contraire. D'abord faisons remarquer que si certains ont "résisté" ou usé de la "légitime défense", dans la plupart des bateaux et parmi les présents, y compris probablement par ceux qui ont été tués, beaucoup n'ont pas fait ce choix et donc la symbolique "non violente" classique est fortement présente dans ce évènement. Maintenant, que signifie pour un homme ou une femme de prendre le risque évidement mortel de se lever et "résister" avec des batons contre un commendo d'élite d'une armée munie d'hélicoptères et de tous les possibilités d'armement militaires envisageables ?

Certains qualifient cela de "provocation" sous-entendant que la punition est certes un peu forte mais prévisible et donc "justifiée". Penser que pour une "provocation", le prix peut-être de mourir, c'est une vision de la démocratie et du respect des "droits de l'Homme" qui fait frois dans le dos. Alors que certains pays ont banni la peine de mort même pour les pires criminels, certains trouvent normal qu'un Etat puisse tuer pour des provocations. Laissons ce type d'analyse aux conseillés en communication du gouvernement israélien et aux membres de l'UMP qui ont assumé ces dires.

Pour comprendre la signification, il faut comprendre que quand un groupe de Greenpeace en Europe en pleine action de désobeissance civile se fait arrêter par les autorités, quand il accepte cette arrestation, il le fait parceque son objectif est en général de faire connaître sa cause par l'êvenement médiatique et la prise de conscience que cela peut entrainer. Il s'agit de protester politiquement plus que d'empêcher réellement une acte (comme le transport de déchets nucléaires par exemple). De plus cette action se situe dans un cadre où l'autorité de l'Etat et de sa police n'est pas remise en cause car on se situe dans le cadre démocratique de l'Etat où on se trouve et où on est citoyen à titre plein.

Dans la situation de Free Gaza, ce n'était justement pas qu'un "happening médiatique" mais d'une mission de solidarité réelle amenant des vivres et produits de première nécessite à une population en souffrance. Ajouter à cela le fait que ces bateaux était dans leur bons droit et que en face ce n'était pas une police ou douane de l'ONU mais une armée responsable de la situation contre laquelle on lutte, résister comme il a été fait, c'est dire que même si on sait qu'on sera arrêté, jusqu'au bout on aura montré que si les corps peut plier devant l'ordre et la brutalité coloniale, les esprits et les volontés elles ne peuvent être contraintes. Quelque soit l'intensité de la terreur que pourra imposer le système colonial, la résistance sera toujours là. La seule chose qui pourra varier ce peut être ses moyens.

Au final, ce qui vient d'arriver est peut-être l'émergence dans les opinions mondiales de l'existence d'une résistance non violente déjà initiée depuis plusieurs années en Palestine comme à Bil'In. Si une telle forme de résistance n'est pas cassée, c'est une transformation profonde qui risque de se réaliser et dans le mouvement international de solidarité et dans la population palestinienne qui pourra y chercher des formes de résistance conciliant "l'éthique", l'efficacité et permettant à la population Israëlienne de se dissocier de la représentation coloniale du palestinien institué comme "terroriste" pour y voir des être humains, comme eux, en quête d'une vie meilleure.