Pendant des années le système financier a promis des taux de croissance illusoires sans jamais se poser la question de la soutenabilité d’un tel fonctionnement. La crise pétrolière et des matières premières que nous avons connus ont montré les limites du système et que les taux de rendement promis n’étaient pas tenables. L’exemple des sub-prime est l’exemple le plus caricatural par lequel le système a craqué, mais le mal est beaucoup plus profond que cela.

Entre les années 60 et maintenant, la productivité a été multipliée par 5. Si on part du principe qui était au fondement de notre doxa économique et qui consistait à dire qu’il y aurait une croissance de la production de trois à quatre pourcent par an, cela signifie que dans une génération on aurait encore doublé ou triplé la production mondiale. Il est clair que cela ne sera jamais possible pour des raisons évidentes d’énergie, de matières premières ou encore de soutenabilité environnementale (en tout cas dans le modèle productiviste actuel…).

Le problème est que si, comme il semble, une croissance exponentielle de la production matérielle n’est pas soutenable, alors nos enfants n’auront probablement pas la possibilité de produire assez pour construire leur vie, assurer la retraite de leurs parents et rembourser les dettes héritées et appartenant à d’autres (institutions, Etats, individus …).

Pour le système financier, automate virtuel sourd et aveugle,  le niveau d’endettement de l’Europe par rapport à la masse de sa production indique que les états vont arriver à la limite de ce qu’ils pourront ponctionner sur leurs populations pour rembourser ces dettes dans le futur.  Ce que ne comprend pas cet automate, par ce qu’on l’a pas programmé pour à l’origine, c’est que les PIB sont la production des Etats et qu’on ne peut pas presser une orange de plus que ce qu’elle ne contient.

Après les ravages de la colonisation, l’Afrique n’a cessé de connaître le coût de la dette financière et des ponctions faite en premier au profit des anciens colonisateurs et depuis la mondialisation étendu aussi aux acteurs nouveaux du système financier international.

Dans le cas de l’Afrique, cela n’a pas posé problème au système parceque les anciennes colonies ont toujours été considérées comme des pourvoyeurs de « matières premières » et le niveau de développement et la qualité de vie de ses habitants n’avait pas beaucoup d’importance pour faire tourner la machine… Au contraire, la spirale de la dette est un moyen de profiter des «anciennes colonies » pour beaucoup moins cher (du point de vue financier comme humain) qu’une gestion directe comme on avait à l’époque des anciennes colonies de peuplement.

Dans le cas de la Grêce, c’est plus compliqué. La Grêce fait partie de l’Europe et on ne peut pas laisser son Etat et son économie s’effondrer comme on l’a fait dans nombre de cas en Afrique.

Toucher à la Grêce, c’est aussi toucher l’Euro et cela risque d’ébranler la confiance dans le sacro-saint Euro et posera un risque pour les autres pays de l’Euro ne serait-ce que pour des raisons de spéculation comme il se passe actuellement pour l’Espagne. Enfin, symboliquement, il sera beaucoup plus difficile de faire accepter aux populations européennes une dégradation économique, sociale et probablement politique de la situation en Grêce.

En effet, Dans le cas de l’Afrique, on expliquait le malheur des africains par leur « incapacité à entrer dans l’Histoire » ou par nombre des représentations coloniales héritées justement de cette Histoire qu’ils subissent depuis si longtemps. Dans le cas de la Grêce, même si on entend des critiques sur le coté « fainéant » ou pas « rigoureux » des grecs, cela ne pourra pas aller très loin.

L’occident se veut d’une modernité héritée de la philosophie Grecque, il sera difficile d’expliquer maintenant que les Grecs sont incapables de « s’adapter » à la modernité. Le rapport colonial a pu casser la fraternité humaine avec les peuples anciennement colonisés, ce n’est pas reproductible à court terme pour les Grecques.

Cette fois, les populations Européennes elles aussi soumises à la crise ont toutes les chances de s’identifier et de craindre qu’il ne leur arrive la même chose que ce qui arrive à leur « alter-egos » grecs.

Si l’Europe est touchée, c’est le « vieux continent » qui est touché et l’Amérique qui ne donne bonne impression que par le charisme et les promesses de changement de son président actuel sera elle aussi soumise à rude épreuve.

La Sortie du système de production actuel est amorcée, faisons que le nouveau système ne soit pas un « nouvel ordre colonial » mais que ce soit ce système de recherche d’un équilibre écologique entre la machine économique, les êtres humains et leur environnement que l’on appel de nos vœux.