Identité nationale = Identité coloniale
Par frederic le jeudi 17 décembre 2009, 18:07 - Textes militants - Lien permanent
La notion d’identité
nationale, une notion du passé aux relents xénophobes et colonialistes.
Nicolas Sarkozy propose, à travers E. Besson, de lancer un débat sur « l’identité nationale » espérant à nouveau récupérer les voies du Front National pour les élections régionales à venir comme il avait réussi à faire lors de la présidentielle.
Ce débat est très dangereux et nous replonge dans les représentations et la xénophobie des périodes sombres de notre histoire. Celles des deux guerres « mondiales » comme aussi celle de notre histoire coloniale et nous sommes nombreux à le refuser.
Refuser un tel débat, ne signifie pas laisser le champ libre à tous les populismes et les idées reçues. Refuser ce débat, c’est répondre aux interrogations que peuvent avoir légitimement les français et faire avancer la vision qu’on peut avoir d’un « vivre ensemble anticolonial » en France et ailleurs.
En effet, déconstruire les faux débats et les dérives xénophobes et colonialistes des discours du gouvernement mais aussi de nombreux politiques et « intellectuels » est vital pour « sortir du colonialisme » ambiant, que ce soit au niveau des représentations, des pratiques discriminatoires ou des politiques internationales.
Parler « d’identité nationale », présuppose qu’il y aurait quelque chose, à définir, qui rendrait tous les membres de l’Etat-nation France « identiques » dans leur essence et qui justifierais l’existence d’une « communauté nationale » qui se démarquerait ainsi du reste de l’humanité. Un tel débat, implicitement ne peut que dériver vers la définition d’un « eux » et d’un « nous ». Très vite, à essayer de définir ce qui nous définit, on va très vite dériver par définir ce qui n’est pas « nous ».
Evidement, un débat basé sur une telle entrée idéologique sera nécessairement lié à la question de l’immigration. En effet, si on veut définir un « nous » Français et un « eux », les étrangers présents sur le territoire français ne pourrons qu’être concernés. La création du ministère de l’immigration et de l’identité nationale va encore plus loin puisqu’elle institutionnalise même ce lien malsain.
Puis, de l’immigration, on passe bien sur aux enfants des immigrés et aux français héritiers de l’histoire française de l’immigration. Cela commence, comme toujours, par ce qui est le plus caricatural. En l’occurrence, le port de la Burqa, afin d’éviter les critiques et faire passer tous ceux qui s’opposent aux amalgames et au fait de particulariser les questions politiques (ce n’est pas ici une question de religion mais plutôt de dérive sectaire) pour des défenseurs de la Burqa.
Cette première étape franchie, on glisse doucement, d’exemples en exemples (ceux qui sifflent la marseillaise, ceux qui veulent célébrer leur mariage avec un autre drapeau que le drapeau français, ceux qui parlent verlan ou qui porte leur casquette à l'envers etc…) à un discours de défiance envers tous les français issus de l’immigration à qui on demande encore une fois de prouver leur conformité à la supposée « identité nationale ».
Avec le référendum suisse sur les minarets, c’est un pas de plus qui vient d’être franchi par Nicolas Sarkozy. En en appelant au respect mutuel entre "ceux qui arrivent" et "ceux qui accueillent", Nicolas Sarkozy fait l'amalgame entre être musulman et être immigré. La plupart des personnes de confession musulmane vivant en France sont français et ne sont donc pas "accueillis" chez-eux pour la bonne raison qu'ils sont chez eux.
Alors que la question des minarets est une question qui concerne plutôt la tradition religieuse musulmane et non l’immigration ou la nationalité (tous les musulmans ne sont pas issus de l’immigration et sont pour une majorité d’entre eux de nationalité française…), il est clair que dans les représentations de Nicolas Sarkozy, immigrés, musulmans, français issus de l’immigration, tous ça c’est du pareil au même et se définit en premier par la non appartenance à la supposée « communauté nationale vraie », celle de ceux qui « invitent » et « tolèrent » la présence des autres sur ce territoire qu’il considérerons toujours comme « leur ». Indéniablement, dans l'esprit de beaucoup de français et en tout cas dans celui de nombre de membres de notre gouvernement actuel, il y a deux types de français, les "français de souche" (comme a dit E. Besson lors du débat sur l'identité nationale au parlement) et les "prototypes" (comme dirait un certain Brice Hortefeux)...
Comment ne pas faire le parallèle entre la définition de l’identité nationale défendue par Nicolas Sarkozy et notre histoire coloniale en particulier en Algérie. Pendant plus de 130 ans, ceux qu’on appelait à l’époque les « français musulmans » on été représentés et définit comme un « corps extérieur » à la « nation originelle » même si français (lire à ce propos l’excellent livre de Sidi Mohammed Barkat, » le corps d’exception »). Les deux siècles d’histoire de la république on largement été marqués par la colonisation et les discours la justifiant pour le bien supposé du colonisé. Aujourd’hui encore, nous ne sommes pas sortis du néo-colonialisme et des mécanismes et représentations discriminatoires hérités de cette époque.
Alors oui, on l’a fait dans la passé pour justifier les guerres contre les ennemis de l’extérieur, d’autres fois contre les ennemis de l’intérieur (protestant, juifs, musulmans etc…), il est possible de définir une « identité nationale ». En faisant cela immanquablement, ce qu’on va faire c’est définir de manière encore plus affirmée et même dans l’institution républicaine les contours d’une « communauté de souche » jugée supérieure en droit rompant définitivement avec l’Egalité de tous les citoyens.
Ceux qu’on désigne pudiquement comme « minorités » ne seront plus jugés à l’aune de leurs actes individuels et des droits citoyens mais seront en permanence relégué à leur supposée appartenance communautaire, amplifiant les représentations et mécanismes discriminatoires hérités de notre histoire coloniale.
Les difficultés de cohésion sociale et de vivre ensemble en France n’est pas une question « d’identité nationale » à définir mais est la conséquence du manque de projet politique ouvrant un horizon aux nombreuses crises que traverse l’humanité. La fuite en avant dans la xénophobie et l’exclusion de l’autre ne fera qu’amplifier les discriminations et les communautarismes.
Aujourd’hui la priorité est d’ensemble « sortir du colonialisme » ambiant pour enfin attaquer les problèmes à la racine.
Frédéric Farid Sarkis
