'' « La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique. Elle n’est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n’est pas responsable des génocides. Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n’est pas responsable des gaspillages et de la pollution.

Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. »

Nicolas Sarkozy, discours de Dakar du 26 juillet 2007.

Nous devons partir d’un postulat simple : l’avenir de l’Afrique est entre les mains des Africains.

Certains d’entre vous savent que mon grand-père était cuisinier pour les Britanniques au Kenya. Dans sa vie, le colonialisme n’était pas seulement la création de frontières artificielles ou le commerce inégal. Les combats de la génération de son père avaient donné naissance à de nouvelles nations, dont la première a justement été le Ghana. Les Africains ont été éduqués et se sont affirmés eux-mêmes dans de nouvelles voies. L’Histoire était en marche.

Mais malgré le progrès qui a été fait – et il y a eu des progrès considérables dans de nombreuses parties de l’Afrique – nous savons aussi que la plus grande partie de la promesse reste à accomplir.

Oui, une carte coloniale sans grand sens a contribué à la naissance des conflits. L’occident a souvent regardé l’Afrique comme une pourvoyeuse de matières première ou une source de ressources plutôt que comme un partenaire. Mais l’Occident n’est pas responsable de la destruction de l’économie de Zimbabwe durant cette dernière décennie, ou des guerres dans lesquelles les enfants sont enrôlés comme combattants.

Nous savons aussi que cela n’est pas toute l’histoire. Le peuple du Ghana a travaillé dur pour établir la démocratie sur des fondations solides, avec les transferts pacifiques du pouvoir répétés, y compris dans le cadre d’élections très serrées. Ce progrès est moins grandiloquent que les combats de libération du XXè siècle, mais ne nous trompons pas : au final, il sera plus significatif. Parce que s’il est important de se libérer du contrôle d’autres nations, il est encore plus important de bâtir sa propre nation.

Donc, je crois que ce moment est tout aussi prometteur pour le Ghana et pour l’Afrique que le moment où mon père devient adulte et où de nouvelles nations naquirent. C’est un nouveau moment de grande promesse. C’est seulement maintenant que nous avons compris que ce ne sont pas seulement les géants comme Nkrumah et Kenyatta qui détermineront l’avenir de l’Afrique. Au contraire, il s’agira de vous – les hommes et les femmes du Parlement ghanéen – et du peuple que vous représentez.

Un pays ne peut créer de richesse si ses leaders exploitent l’économie pour s’enrichir eux-mêmes, ou si la police peut être achetée par des trafiquants de drogue. Personne ne veut investi dans un pays où le gouvernement accapare des commissions de 20%... ou où la direction de l’autorité portuaire est corrompue.

A travers l’Afrique, nous avons vu des exemples innombrables de personnes prenant leur destinée en main et qui sont acteurs d’un changement qui va du bas vers le haut.

Et des entrepreneurs dans le monde du téléphone mobile aux petits fermiers, les Africains ont montré leur capacité et leur engagement à créer leurs propres opportunités. Mais les vieilles habitudes doivent aussi être brisées. La dépendance aux matières premières – ou les économies basées sur une seule exportation – ont tendance à concentrer la richesse dans les mains d’une minorité et à rendre les peuples trop dépendants de la conjoncture. Comme je l’ai dit plus tôt, l’avenir de l’Afrique est entre les mains des Africains.

Barack Hussein Obama, Accra le 12 juillet 2009.''

Deux discours sur l’Afrique, deux discours qui appellent la jeunesse africaine à un sursaut, à prendre en main leur destin. Cependant, si ces deux discours sont proches par l’état des lieux qu’ils donnent de l’Afrique et l’appel aux africains à chercher à s’en sortir d’eux même, ils sont opposés dans l’analyse des causes et responsabilités des difficultés actuelles de l’Afrique.

Le raisonnement qui est distillé par N. Sarkozy est simple et classique : si la colonisation a été un « crime contre l’humanité », elle avait été faite dans de bonnes intentions et de toute façon, il faut arrêter la « repentance », c’est de l’histoire ancienne sans lien avec le présent. Or, justement, le présent des ces pays est catastrophique, ce qui serait bien la preuve pour N. Sarkozy, que de leur propre ressort et valeurs, ces pays ne sont pas capables de « progrès ». Ainsi, l’origine des problèmes de l’Afrique serait dans l’incapacité culturelle des africains à entrer dans « l’Histoire », le développement et la mondialisation.

Pour N. Sarkozy, dans la droite ligne de la loi sur l’apport « positif » de la colonisation du 23 février 2005, si la colonisation a été un crime, elle a aussi eu l’effet « positif » d’apporter les valeurs occidentales à un Homme africain incapable d’entrer dans l’Histoire et de progresser. Si l’Afrique n’évolue toujours pas, c’est qu’en faite, ces valeurs occidentales seraient toujours rejetée du fait d’un discours victimaire et anticolonial empêchant les Africains de faire leurs les « valeurs supérieurs » que les colons leurs auraient laissé en héritage…

Il appel donc les africains à arrêter les discours de la « repentance » et à se « dépasser » en acceptant les valeurs occidentales pour enfin pouvoir entrer dans « l’Histoire » et la mondialisation.

Il n’est donc pas étonnant qu’un tel discours, expliquant en gros que les africains ont les gouvernants et les malheurs qu’ils méritent, aie provoqué une grande indignation et un rejet. Avec une telle analyse, même si la conclusion semble proche de celle de Obama, la solution ne peut consister en faite qu’à s’ouvrir et ouvrir les marché Africains à la mondialisation en laissant faire le néo-libéralisme qui est actuellement un fléau pour l’Afrique.

Finalement le remède que propose N. Sarkozy à l’Afrique est de continuer, mais en plus fort, ce qui mine actuellement l’Afrique. Les luttes de libération nationales et la décolonisation ne sont vues que comme la preuve de l’incapacité africaine à se prendre en main. Ce discours disculpe les dirigeants et tortionnaires au pouvoir dans ces pays. Le fait que ce discours ait eu lieu en présence de Omar Bongo, symbole de la politique néo-coloniale française en Afrique, est un symbole qui ne trompe pas.

Le discours d’Obama est tout contraire. L’appel aux africains à se « prendre en main » et déclaré comme un « postulat », signifiant ainsi, que même si les raisons de nombreuses des difficultés de l’Afrique ne sont pas nécessairement dues aux africains, la solution passe pour eux par agir d’eux même comme s’il n’y avait pas ces obstacles. Attendre que le monde est les politiques néo-coloniales changent pour se changer n’avancera pas le problème.

La solution passe par l’occident en changeant son comportement et en « respectant » l’Afrique qu’il doit enfin percevoir comme un « partenaire » et pour les Africains à agir là où ils sont car c’est là qu’ils auront le plus de levier pour « transformer » la réalité.

Autre grande différence, alors que Sarkozy pointe les « paysans » africains comme les responsables des malheurs de l’Afrique, Obama pointe les « élites » et les « leadeurs corrompus ». Ceci n’est pas un détail, Obama en appel aux sociétés civiles pour impulser une démocratie « par le bas » voulue et construite par les peuples alors que Sarkozy appelle finalement les peuples à faire confiance dans leur dirigeants liés à l’occident pour entrer dans « l’Histoire » (sous- entendu, l’Histoire telle que définie par les « Grandes nations »).

Enfin, alors que Sarkozy demande aux africains de dépasser leur culture figée dans le « temps » et la « la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles», Obama lui en appel au contraire les Africain à se ressourcer dans leur histoire, à continuer les « combats de libération nationales ». A achever le travail de la génération de leurs pères (et du sien) en construisant les nations que leurs pères ont su créer et libérer de la main mise coloniale. Il se situe dans la continuité de Héros anticoloniaux comme Nkrumah et Kenyatta et les combats de libération du XXè siècle. Le discours de Sarkozy est basé sur une vision néo-colonialiste de l’Afrique alors que celui de Obama est post-colonial (AU SENS Où dans le sens qu’il part de l’histoire coloniale et des luttes de libération).

Cependant, l’un comme l’autre en arrivent à la conclusion qu’il ne faut en fait pas attendre grand-chose de l’occident et se prendre en main soit même. En effet, si l’un est l’autre partent d’analyses idéologiques opposées, ils sont tous les deux d’abord pragmatiques. Ils connaissent les logiques de pouvoir et d’intérêts qui dominent le monde et la difficulté qu’il y a à aller à l’encontre (si jamais tel était leur désir…) et ceci où et qui que l’on soit, même président des Etats- Unis !

Un autre point commun est que les deux se mettent dans le cadre de la mondialisation et des institutions internationales et n’imaginent le développement de l’Afrique que de l’intérieur de la mondialisation actuelle. De ce point de vue, Sarkozy en bon néo-conservateur, pense que le marché est la concurrence est la seule règle à laquelle l’Afrique doit s’adapter de grès ou de force.

Obama, en bon « démocrate » et ancien avocat de mouvements des droits civiques américains, propose à l’Afrique de faire sa révolution démocratique et d’entrer dans le marché avec quelques avantages concurrentiels (tarifs douaniers etc…) et a fait allusion à ce propos aux cas des « noirs américains » qui ont su s’en sortir de l’intérieur du système concurrentiel américain grâce aux politiques de discrimination positive.

Obama va aussi loin qu’il est « raisonnablement » possible pour un président démocrate américain d’aller (il n’a jamais prétendu être un révolutionnaire…). Surtout que le principal « concurrent » sur le « marché » africain (n’oublions pas les guerres d’influences que se livrent les grandes puissances en Afrique) est un Sarkozy dont le discours est plutôt insultant que porteur d’espoir.

Comment aller plus loin que cela ?

Ici, continuer les luttes citoyennes pour un alter-mondialisme permettant de sortir du colonialisme et de ses séquelles en lien avec la société civile et les mouvements associatif des pays du sud. Un alter-mondialisme permettant de transformer les rapports et institutions internationales. Repenser la question de la dette financière actuelle mais aussi la dette coloniale et écologique que nous avons par rapport à nos anciennes colonies. Développer les échanges scientifiques. Faire pression sur nos gouvernants pour faire cesser les politiques néo-coloniales et la corruption qui par définition se fait à deux. Il n’y a pas de corrompus sans corrupteurs… Enfin, savoir décroitre notre emprunte EMPREINTE écologique et transformer notre mode de développement permettant à chacun de prendre sa part dans le développement économique et d’avoir accès aux énergies et technologies.

Là-bas, comprendre que les révolutions de libérations nationales ont été un premier pas important qu’il faut maintenant que les nouvelles générations prennent en main. Malgré les influences externes, c’est à eux à elles de construire les contres pouvoirs et les nouveaux modes de gouvernance et de contre pouvoirs adaptés aux défis présents et se ressourçant non seulement dans les modèles occidentaux mais aussi dans leur culture et ressources propres. Ce n’est pas évident pour un peuple de se dire qu’il subit la double peine, après les périodes sombres et destructrices de la colonisation et de l’esclavage dont ils n’ont pas fini de payer le prix, et à peine une ou deux générations après leur révolutions nationales, tout est à refaire. Finalement, l’espoir ne viendra probablement pas de l’Occident, mais de pays comme ceux d’Amérique latine, du Liban, du Mali ou encore plus récemment de l’Iran qui résistent en même temps aux contraintes externes et internes pour prendre en main leur destin.

Frédéric Farid Sarkis