A la suite de la chute du mur de berlin et de l'union soviétique, nous sortons d'un monde bipolaire Est/Ouest où la problématique politique centrale était la dichotomie entre capitalisme et communisme. Monde bipolaire qui entraine en Europe une bipolarisation politique gauche/droite sur ces mêmes bases idéologiques. Gauche et droite représentent alors deux "communautés politiques" définies sur une base idéologique.

Après la chute du mur, la révolution néo-libérale aux états-Unis commencée à l'époque Reagan s'est étendue à l'ensemble de la planète. C'est ce qu'on a appelé la mondialisation néo-libérale (ou ultra-libérale) à laquelle l'Europe et la France n'a pas échappé avec les conséquences que l'on connait.

La globalisation économique a entrainé un affaiblissement des protections et des leviers politiques existants au niveau national. La création de l'union Européenne a permis au pays européens de construire un début de masse critique permettant d'influer et de s'adapter à la nouvelle donne internationale mais insuffisante à changer la tendance de fond.

Le mode productiviste de la croissance économique a parallèlement poussé au bout les limites d'absorption naturelle de l'activité humaine amplifiant effet de serre, crise du pétrole et politiques néo-colonialistes visant à contrôler les ressources énergétiques et imposer le système économique. Ainsi, nous voyons s'enchainer crises environnementales, sociales, économiques et militaires.

Ainsi, d'un axe de polarisation politique Est/Ouest nous sommes passé à une crise écologique de type Nord/Sud. L'axe de polarisation politique n'est plus capitalisme/communisme mais un axe (productivisme et néo-colonialisme)/Ecologie. Pour un analyse plus détaillée des liens entre anti-colonialisme et Ecologie cliquez ici.

Au niveau des peuple, ces changements produisent alors le malaise démocratique et identitaire que l'on connait. Les partis traditionnels et anciens forgés idéologiquement dans le contexte Est-Ouest n'arrivent plus à avoir une grille pertinente d'analyse politique et se cantonnent dans des politiques gestionnaires et de court terme effaçant progressivement les différences entre politiques de gauche et de droite.

Leur liant idéologique n'étant plus en adéquation avec le réel, les communautés "droite" et "gauche" se désagrègent progressivement. Seul un noyau "identitaire" subsiste et regroupe en particulier les classes d'age formées à l'époque de la bipolarisation Est-Ouest et qui restent dans une culture gauche/droite.

C'est ce qui explique par exemple la déliquescence du PS et la création du "Parti de Gauche" dont l'idéologie n'est plus le socialisme ou le communisme mais le fait identitaire résumé par le fait d'être "de gauche" sans qu'aucune définition politique claire de ce qu'ils définissent comme "être de gauche" ne soit donnée.

C'est aussi ce qui explique le succès de la politique "d'ouverture" de Sarkozy. En effet, si l'appartenance de gauche n'est plus basée sur des convictions politiques mais sur l'appartenance à une "communauté historique" en déliquescence, changer de communauté pour un poste ministérielle devient beaucoup plus défendable moralement...:)

C'est dans ce contexte que le phénomène Bayrou a émergé. Les communautés "gauche/droite" étant en déliquescence, l'idée qu'il y a la place pour une troisième communauté "le centre" regroupant les personnes qui ne se retrouve plus dans les anciennes communautés "droite/gauche" a paru comme une nouveauté. Le discours "chrétien-démocrate" de Bayrou basé sur des valeurs rassurantes (chrétiennes, républicaines) dans un contexte de crise politique et identitaire a plus et a paru être une nouveauté. L'idée de sortir des anciennes idéologie et de se bases sur nos valeurs fondamentales et user de la "raison" pour trouver la bonne solutions a paru plus intelligent que le discours dépassé des partis traditionnels. Seulement, voila, les valeurs et la "raison", c'est bien, ce sont même des conditions nécessaire pour faire de la politique, mais c'est malheureusement insuffisant.

En effet, les valeurs humanistes et l'usage de la raison sont des choses importantes mais indépendantes du contexte. Si on n'a pas la bonne analyse du réel et des problèmes qui se posent à la société, avec toute l'intelligence du monde on n'arrivera pas à aller très loin. On risque finalement de se retrouver prisonnier des représentations véhiculées par l'institution et finalement de se résume à être des gestionnaires encore plus purs que ceux des partis traditionnels qui essaient de teinter leur gestion pragmatique d'une propagande (ou communication) idéologique à laquelle ils ne croient plus.

Un autre piège est de penser que la "raison" serait suffisante en politique et qu'il suffirait de trouver une "bonne solution" pour que tout le monde soit convaincu de sa pertinence. Or, la réalité n'est pas faite que de bonne intentions mais aussi d'intérêt contradictoires. Toute proposition politique, si elle a de l'effet implique une transformation des équilibres dans la société et donc implique un rapport de force entre des personnes qui y ont intérêt et d'autres qui n'y en ont pas. Faire de la politique sans penser qu'il y a des résistances et des rapports de force dans la société risque finalement de se cantonner à aller dans la direction du plus fort sans même sans rendre compte...

Les Verts, ont eux aussi des valeurs humanistes et démocratiques, mais ne s'y cantonnent pas. Ils partent d'une analyse radicale (c'est à dire qui va à la racine des choses) des problèmes et sociétaux et environnement qui se posent et sont conscient qu'on ne bouge pas les choses sans gérer les rapports de forces.

F. Sarkis