La formation professionnelle est malade car laissée pour une grande part aux entreprises dont l’enseignement et la formation n’est pas le cœur de métier. Une partie importante de la taxe professionnelle versée par les entreprises part en fumée dans des formations au cout exorbitant et de qualité souvent médiocre. Un étudiant en université coûte à l’état près de 7000 euros par an. Cinq jours de formation professionnelle pour un salarié fait par l’une des nombreuses boites privée du secteur de la formation professionnelle coute souvent plus de 2000 euros… Le fait que ces formations soient payées par les entreprises et déduites de la taxe professionnelle ne justifie pas un tel gachi de moyens.

Si la loi LRU essaie de répondre à cette préoccupation légitime, nous allons voir que c’est par un très mauvais moyen. Une diversification engendrant une aggravation des inégalités dans l’accès à l’éducation. Pour répondre au besoin légitime de diversification des enseignements et des formations en université, la loi LRU propose la mise en place d’universités à plusieurs vitesses. Des « pôles d’excellence » dans des grandes universités élitistes auraient vocation à une stature « internationale » permettant à la France de figurer dans les classement internationaux. Les autres universités se retrouvant destinées à des formations courtes et professionalisantes. En déconnectant ainsi les filière « d’excellence ou généralistes» des filières courtes, la loi Pecresse rompt avec l’égalité des chances qui est pourtant au cœur de notre pacte républicain.

Le seul financement réellement nouveau proposé dans la loi LRU pour les université serait un financement fait bénévolement par les entreprises. Si un tel système fonctionne (avec ses réussites et ses échecs) aux Etats-Unis, cette culture du mecenna est très faible dans une France où on est habitué depuis toujours à se reposer sur l’Etat providence pour la recherche et l’enseignement. Les changements culturels se faisant lentement, dans les années à venir, il ne faut pas attendre grand-chose de ce coté. Les envies d’entrée dans la culture du résultat par les prisidents d’université risque de ce traduire rapidement en mise en place de frais d’inscription rendant l’accès aux filières d’excellence beaucoup plus difficile qu’elle n’est déjà pour les enfants des classes populaires. La spécialisation territoriale des fillières de formations qui risque de découler de la loi Pecresse va fortement augmenter le coût des études (frais d’hébergement, de nourriture, d’achat de livres, d’ordinateurs etc…). La seule proposition pour palier à ces difficultés proposées par Mme Pecresse est une faible augmentation des bourses d’étude. Sachant l’explosion des prix de l’immobilier dans les grandes villes où s’installeront très probablement les filières d’excellence et sachant que 84% des étudiants travaillent pour financer leurs études, il est à craindre que le nombre d’étudiants qui pourront se consacrer à plein temps à leur études sera encore plus réduit aux enfants des classes moyennes et supérieures. L’idée de relance du logement étudiant dans les campus, le financement total des études (comme fait actuellement pour les normaliens) ou ne serais-ce que la mise en place d’un prêt d’honneur généralisé pour les étudiants qui en auraient besoin n’est même pas évoqué. Les possibilités de changement d’orientation ou d’évolution dans les différentes filières sera encore plus difficile qu’actuellement. Le déficit de mixité sociale dans notre pays et les diverses stratégie d’évitement social à l’œuvre dans les écoles et lycée sera reconduit à l’identique dans l’université. Pour un enfant de nos quartiers populaires, arriver à traverser les barrières permettant d’accéder aux formations d’excellence est déjà un parcours du combatant. Il est à craindre que la situation ne fasse que s’empirer demain.

__ La recherche en danger.__

Le démentellement programmé du CNRS et le fait de donner la main aux présidents d’université pour définir les politiqes d’enseignement, de recherche et de recrutement, casse tout cadrage national de la recherche. L’Etat ne pourra agir sur les directions et priorités de la recherche que par des financement par projets à travers d’organismes comme l’agence nationale pour la recherche.

Cela signifie un accroissement important du temps consacré au montage de dossiers de financement pour les laboratoires. Si certains domaines de la recherche appliqués sont arrivés à se satisfaire bon grès mal grès de ce type de fonctionnement du fait du montant important de financement qu’ils necessitent, dans les domaine de la recherche fondamentale comme les mathématiques ou les humanités un financement par projets n’a pas de sens et risque de se traduire par l’effondrement progressif de ces recherches pourtant essentielles pour le moyen et long terme.

En effet, si dans un domaine comme la biologie, le travail se fait souvent sur un projet d’expérimentation impliquant plusieurs chercheurs sur un long terme, dans de nombreux domaines, la recherche se fait de manière individuelle (ou par des collaborations ponctuelle a deux ou trois chercheurs échangeant régulièrement leur réflexions) et sans idée précise du résultat qui pourra être obtenu ni de la durée de la recherche. Si les sciences sont rationnelles, le génie humain n’est pas rationnalisable… Un corps enseignant dont le malaise déjà criant va s’aggraver. Les enseignants et chercheurs ont perdu plus de 20% de leur pouvoir d’achat depuis 1981. Les enseignants, supposés , par essence, être des privilégiés on vu leur conditions de travail régresser fortement. Ils ont perdu plus de 20% de leur pouvoir d’achat depuis 1981. Il se sont vu progressivement chargés de plus en plus de tâches administratives pour compenser le faible recrutement des personnels ATOS. Dans de nombreux laboratoire, c’est des maître de conférences qui gèrent les budgets, réservent les hôtels pour les invités lors des conférences, remplissent les demandes de financement, se chargent parfois de la gestion du matériel informatique ou encore du suivit des commandes de papier toilette (ce n’est pas un blague !).

La mise en place du LMD a encore agravé la situation en découpant leur enseignement en doublant le nombre de modules qu’ils doivent faire, entrainant doublement des sujets d’examens et des corrections, une gestion de l’emploi du temps et des sessions d’examen de plus en plus complexe et un allongement de l’année scolaire qui se fait au dépend de leur recherche et possibilités de participer à des conférences ou de faire des collaborations avec d’autres universités etc…

Tous cela, ils l’ont accepté par fidélité à ce que beaucoup d’entre eux considère être leur « mission », transmettre et développer les savoirs. Lors des différentes mobilisations des universités, ils ont toujours préférés privilégier les revendications « universelles » de défense du recrutement des jeunes chercheurs, de financement de leur recherche, de moyens pour leur enseignement.

Le mythe des Hussard de la République ou la rêve de la démocratisation des savoirs de mai 68 et de développement de citoyens autonomes et instruits est encore dans leur représentations et dans les motivations qui les ont fait choisir cette voie qui est pourtant l’une des voies les plus séléctives. Aujourd’hui, ils voient le système pour lequel ils ont tant investi de leur personne s’effondrer. Leurs connaissance leur sont inutiles pour la très grande majorités de leur enseignements. L’université est devenue progressivement un choix par défaut des étudiants. Les différences de niveau des étudiants qu’ils ont dans un même groupe de TD rend les soumet à un choix cornélien : soient ils font cours pour le petit tête de classe au prix de l’échec d’une grande majorité, soit ils essaient de combler les lacunes des uns en sacrifiant le contenu de leur enseignement et surtout les étudiants qui pourraient aller beaucoup plus vite et plus loin. L’université de l’égalité est un mythe, la selection est partout à tous les niveaux même si c’est une sélection de fait par l’échec et pas une selection formelle. Il faut se rendre à l’évidence. Une partie importante du corps enseignant est en état de dépression avancée et en doute sur leur utilité sociale. Dans un tel contexte, la loi LRU leur impose un nouveau mode de management calqué sur le fonctionnement du privé et des administrations leur proposant comme seul horizon la précarité et l’interessement financier comme motivation professionnelle.

Mais, s’il ont fait tant de sacrifices, passés tant d’années de leur vie à étudier et à passer des concours, ce n’est pas pour l’argent. La plupart d’entre eux avaient beaucoup d’autres choix de carrières financièrement plus interessant. La plupart d’entre eux ont vu leur copains d’université, de prépa ou leur campagne qui souvent ont réussi des concours plus faciles et demandant beaucoup moins d’années d’études gagner deux ou trois fois leur salaire. Ce choix avait jusqu’alors été fait sans regret car ils avaient foie dans leur rôle dans la société, ils ont fait un choix de vie que l’Etat leur avait garantie par un statut. Nicolas Sarkozy se veut généreux en leur proposant de « travailler plus pour gagner plus » et ceci sans aucune concertation ou négociation avec eux. Ils croyaient avoir fait d’une autre mode de gouvernance que le privé au prix de sacrifices compensés par leur liberté de gestion et une qualité de vie. Ils se retrouvent avec les règles du privé au salaire du public.

Ajouté à cela une réforme de retraite où quand on termine ses études à 26 ou 27 ans dans le meilleur des cas et qu’on doit cotiser 40 ans (bientôt probablement 41ans), il est physiquement impossibile d’avoir sa retraite à 65 ans comme le reste de la société. Penser que les enseignants et chercheurs Dans le monde de l’entreprises, nombre d’OPA agressives ont échoués à cause de cultures d’entreprises différentes et de management à la hache ne tenant pas compte du fait que ce sont des être humain et non des machines qui sont au cœur du système . Dans un monde aussi fait de passion et d’humanité qu’est la recherche et l’enseignement, penser que brutaliser un corps enseignant sans même lui proposer un horizon crédible ne serait-ce que pour ses étudiants et sans même le consulter ne serait-ce qu’à titre indicatif ou pour écouter ses propositions, ce n’est pas réformer, c’est casser l’université.