Trame de mon introduction faite lors du débat "Identité Nationale, République, Diversité"
Par frederic le jeudi 19 avril 2007, 20:24 - Textes militants - Lien permanent
Pourquoi ce débat sur l’identité nationale ?
La France rencontre de nombreuses difficultés :
- Mondialisation ultra-libérale économique et culturelle qui augmente les réactions identitaires - Difficultés économiques, discriminations, casse sociale : justifiées par un discours de création de « boucs émissaires », de classes dangereuses et d’ennemis de l’intérieur. - Conflits coloniaux et néo-coloniaux dans le monde que ce soit au Moyen-Orient, en Afrique ou ailleurs.
C’est un débat qui traverse la France depuis maintenant plusieurs années et en particulier depuis début 2005 avec le lancement de l’appel des « Indigènes de la République » (dont j’ai participé à la rédaction) qui disait :
« La décolonisation de la République reste à l’ordre du jour ! La République de l’Egalité est un mythe. L’Etat et la société doivent opérer un retour critique radical sur leur passé-présent colonial. Il est temps que la France interroge ses Lumières, que l’universalisme égalitaire, affirmé pendant la Révolution Française, refoule ce nationalisme arc-bouté au « chauvinisme de l’universel », censé « civiliser » sauvages et sauvageons. Il est urgent de promouvoir des mesures radicales de justice et d’égalité qui mettent un terme aux discriminations racistes dans l’accès au travail, au logement, à la culture et à la citoyenneté. Il faut en finir avec les institutions qui ramènent les populations issues de la colonisation à un statut de sous-humanité. »
Quelques semaines après, le débat était repris de la manière la plus dangereuse qui soit : une majorité de parlementaires français, de droite comme gauche, votait la loi du 23 février 2005 sur les « valeurs positives » de la colonisation, procédant ainsi à une réécriture de l’histoire, glorifiant la colonisation.
Le 7 février à Toulon, Nicolas Sarkozy s’est lancé dans une véritable réhabilitation de la colonisation française, vantant l’œuvre de « civilisation » (sic) des petits colons et remontant même aux croisades.
« Je souhaite qu’on ne puisse pas vivre en France sans respecter sa culture et ses valeurs. Je souhaite qu’on ne puisse pas s’installer durablement en France sans se donner la peine d’écrire et de parler le français. »
« Le rêve européen a besoin du rêve méditerranéen. Il s’est rétréci quand s’est brisé le rêve qui jeta jadis les chevaliers de toute l’Europe sur les routes de l’Orient, le rêve qui attira vers le sud tant d’empereurs du Saint Empire et tant de rois de France, le rêve qui fut le rêve de Bonaparte en Egypte, de Napoléon III en Algérie, de Lyautey au Maroc. Ce rêve qui ne fut pas tant un rêve de conquête qu’un rêve de civilisation » (N. Sarkozy, Toulon)2.
« Faire une politique de civilisation comme le voulaient les philosophes des Lumières, comme essayaient de le faire les Républicains du temps de Jules Ferry. Faire une politique de civilisation pour répondre à la crise d’identité, à la crise morale, au désarroi face à la mondialisation. Faire une politique de civilisation, voilà à quoi nous incite la Méditerranée où tout fut toujours grand, les passions aussi bien que les crimes, où rien ne fut jamais médiocre, où même les Républiques marchandes brillèrent dans le ciel de l’art et de la pensée, où le génie humain s’éleva si haut qu’il est impossible de se résigner à croire que la source en est définitivement tarie. La source n’est pas tarie. Il suffit d’unir nos forces et tout recommencera ». (N. Sarkozy, Toulon)3.
« Cessons de noircir le passé. L’Occident longtemps pécha par arrogance et par ignorance. Beaucoup de crimes et d’injustices furent commis. Mais la plupart de ceux qui partirent vers le Sud n’étaient ni des monstres ni des exploiteurs. Beaucoup mirent leur énergie à construire des routes, des ponts, des écoles, des hôpitaux. Beaucoup s’épuisèrent à cultiver un bout de terre ingrat que nul avant n’eux n’avait cultivé. Beaucoup ne partirent que pour soigner, pour enseigner. On peut désapprouver la colonisation avec les valeurs qui sont les nôtres aujourd’hui. Mais on doit respecter les hommes et les femmes de bonne volonté qui ont pensé de bonne foi œuvrer utilement pour un idéal de civilisation auquel ils croyaient. Il faut respecter ces milliers d’hommes et de femmes qui toute leur vie se sont donné du mal pour gagner par eux-mêmes de quoi élever leurs enfants sans jamais exploiter personne et qui ont tout perdu parce qu’on les a chassés d’une terre où ils avaient acquis par leur travail le droit de vivre en paix, une terre qu’ils aimaient, parmi une population à laquelle les unissait un lien fraternel. Je veux le dire à tous les adeptes de la repentance qui refont l’histoire et qui jugent les hommes d’hier sans se soucier des conditions dans lesquelles ils vivaient, ni de ce qu’ils éprouvaient. Je veux leur dire : de quel droit les jugez-vous ? » (N. Sarkozy, Toulon)5.
A la suite de quoi, dans la même logique, il propose son « ministère de l’immigration et de l’identité nationale » que j’appelle « ministère des colonies », je reviendrais sur ce point plus tard.
Courant 2005, dans un édito pour le magazine « Planète Verte » de la commission transnationale des Verts, j’écrivais :
« L’histoire de la République Française est riche du meilleur comme du pire, les deux étant souvent enchevêtrés. Les Lumières, la Révolution française, l’esclavage, la colonisation, Vichy, la décolonisation, la construction européenne, l’immigration ou encore l’opposition française à la guerre en Irak en sont des facettes. Cette histoire, c’est notre richesse. La connaissance que l’on a de cette histoire forge notre identité nationale et le débat qui s’ouvre aujourd’hui est donc fondateur et enrichissant. En effet si nous nous rappelons et analysons sans parti pris ce qu’a été la colonisation, l’esclavage et la Shoah, nous serons alors en mesure de tirer les leçons du passé et de construire un monde meilleur pour demain. »
C’est ce débat que j’aimerais continuer aujourd’hui et qu’on est beaucoup à continuer dans le milieu associatif (à la ZEP en ce qui me concerne).
A/ Les différentes notions d’identité :
I/ Définition raciste (être français, « cela s’hérite »).
Pour les tenants de cette pensée, la nationalité est une notion ethnique qui se perpétue par le sang. On parlera de races et bien sûr de « races supérieures » et de « pureté ». Cette définition de l’identité nationale par la génétique a été au cœur du nazisme, de l’eugénisme et du « racisme biologique » du « XIXème siècle ».
Une partie de l’extrême droite continuer de flirter avec ces idées. Nicolas Sarkozy en parlant de l’origine génétique de la pédophilie ou du suicide met le doigt dans cet engrenage…
II/ Définition coloniale ou assimilationniste de l’identité nationale (être Français cela se « mérite »).
Cette fois, on pense que les Hommes sont génétiquement égaux mais qu’il y a une classifications des « raisons », « cultures » ou « religions ».
Il y a une identité originelle, une « vraie » manière d’être français, manière définie par des valeurs figées qu’il faut respecter sous peine de ne plus être français ou d’être moins français. La citoyenneté n’est plus un droit fondamental (les « Hommes naissent libres et égaux »), mais une qualité morale qui peut être retirée ou à application diverse.
En proposant son ministère de l’immigration et de l’identité nationale, c’est dans cet esprit que se met Nicolas Sarkozy.
De plus, l’assimilation est un leurre. Si on n’a pas la même couleur de peau ou religion que les autres, quoi qu’on dise ou fasse et ceci de de père en fils, de mère en fille, on devra toujours « montrer patte blanche ». Quand on est musulman, on doit toujours préciser qu’on est « laïc ». Les clichés sur les Arabes, les Noirs et d’autres sont légions. Les valeurs de ces derniers sont supposées différentes et ils doivent toujours montrer qu’ils les ont abandonnées et que leurs parents ne les leur ont pas transmis.
C’est cette vision qui est au cœur du système des discriminations et du "deux poids - deux mesures" qui traverse notre société. Le Pen, en prenant comme slogan de campagne : "Ni Pote, Ni Black, Ni Blanc, Ni Beur. Français" ne dit rien d’autre !
III/ Pour une vision éco-logique et diverse de l’identité.
Une vision basée sur la « citoyenneté de résidence » (d’ailleurs tentée à la suite de la Révolution française…) C’est penser que l’identité française est justement le fait de ne pas définir une identité figée qui serait sinon excluante par définition. Une identité ouverte et riche de sa diversité.
Ainsi, on peut être par exemple français et musulman ou français et arabe ou français et européen, les identités individuelles sont multiples et diverses, elles ne se contredisent pas mais s’additionnent.
La valeurs s’additionnent et s’enrichissent mutuellement.
Les valeurs de la révolution française : Liberté Egalité Fraternité L’anti-fascisme, l’anti-colonialisme, les religions, l’humanisme, l’écologie, le social, la Chine, l’Inde, tout cela fait un tout qui se complète.
Solutions :
- locales :
Citoyenneté de résidence, lutte contre les discriminations, mémoire et histoire partagée, « identité ouverte ». Un projet politique et de société qui unisse tous les habitants dans la construction d’un monde meilleur pour chacun et donc pour tous.
- globales
Transformer les institutions internationales (ONU, OMC, FMI) et sortir d’un monde de l’unilatéralisme pour entrer dans un monde de multilatéralisme, de coopération, de solidarité et qui se soucie de son environnement : un monde écologique.
