Reconnaître le ”rôle positif” de la colonisation ??? Après des années de "trou de mémoire" et de refus d'un retour critique sur le passé, le débat sur la colonisation et l’esclavage est posé à travers des mouvements parfois minoritaires, qui revendiquent autant une reconnaissance de leur identité qu’une histoire de leurs origines à partager. Malheureusement, ce débat est parfois alimenté par certains médias et le pouvoir de la pire manière qui soit : persistance des représentations héritées de la longue époque coloniale et les discriminations post-coloniales qui en découlent, dépôts de stèle à la gloire de l'OAS, ethnicisation des problèmes sociaux...

La loi du 23 février 2005 demandant aux programmes scolaires de reconnaître le "rôle positif” de la colonisation est symptomatique de cette réponse qui ne veut pas se pencher sur son passé de façon sereine. Plus que son abrogation, ce qu’il faut, c’est comprendre comment une telle loi a pu être votée dans l’indifférence la plus totale de la classe politique. Il y a visiblement encore du travail à faire pour accepter et faire comprendre ce que d’ailleurs certains historiens ont pu mettre en lumière, la violence et arrogance, par la négation de l’autre, qui a été à la base de la colonisation et a pu justifier l’esclavage.

Penser que l’histoire se divise en aspects positifs et négatifs, c’est ouvrir la voie aux populismes les plus divers et à la justification parcellaire de telle ou telle politique coloniale. Imaginez que demain, certains se mettent à parler de l’apport positif de la Seconde Guerre mondiale au développement de la recherche sur la péniciline, aux progrès de l’aviation civile, à la prise de conscience de la nécessité d’une Union Européenne ou encore à l’introduction de la bioéthique (au tribunal de Nuremberg). D’autres pourraient parler du rôle positif du communisme sur l’industrialisation et le développement de l’URSS ou mieux du rôle positif qu’a joué la tragédie de Tchernobyl sur la prise de conscience du danger nucléaire et de l’essor du mouvement écologiste...

Mais, au delà de l’analyse du passé et de notre rapport à notre mémoire, c’est la vision de notre présent et futur qui est aussi en jeu. Les populations issues de l’immigration sont aussi celles qui souffrent les discriminations les plus vives et diverses: raciales, sociales, poitiques, urbaines. Penser qu'il y a eu un aspect positif à "civiliser" "l'indigène" ou "le Français musulman" malgré lui comme cela a été fait "outre mer", justifiera, sous prétexte d'émancipation ou d'anti-communautarisme, les lois d'exception, les politiques sécuritaires et les politiques d’immigration pour la gestion de toute crise qui touche en partie ces populations, au niveau national ou international ...

Penser qu'un crime comme l'est le colonialisme ait pu avoir un “rôle positif” dans l’histoire, c'est ouvrir la voie à la justification de la guerre en Irak sous prétexte d’y instaurer la “démocratie formelle”. Bientôt certains parlerons du " bilan globalement positif " de Bush. Mais positif par rapport à quoi et à quand ? A la période de Saddam ? A l'embargo imposé par les Etats-Unis ? A la guerre Iran/Irak voulue par les anciennes puissances coloniales ? A la prise du pouvoir de Saddam Hussein avec l'aide de ces même puissances ?

L'histoire de la République française est riche du meilleur comme du pire, les deux étant souvent enchevêtrés. Les Lumières, la Révolution française, l’esclavage, la colonisation, Vichy, la décolonisation, la construction européenne, l'immigration ou encore l'opposition française à la guerre en Irak en sont des facettes. Cette histoire, c'est notre richesse. La connaissance que l'on a de cette histoire forge notre identité nationale et le débat qui s'ouvre aujourd'hui est donc fondateur et enrichissant. En effet, si nous nous rappelons et analysons sans parti pris ce qu’a été la colonisation, l’esclavage et la Shoah, nous serons alors en mesure de tirer les leçons du passé et de construire un monde meilleur pour demain.

Frédéric Sarkis, secrétaire de la Commission Transnationale des Verts