Quel avenir pour la Syrie ?
Par frederic le jeudi 5 avril 2007, 23:53 - Politique internationale - Lien permanent
Un article écrit l'été dernier sur la
situation en Syrie pour le journal de la commission transnationale des Verts,
"Planète Verte".
Quel avenir pour la Syrie ?
Les dernières troupes françaises ont quitté la Syrie en 1946. Les premières années de la jeune République sont plus que troublées. La défaite en Palestine en 1948 provoque l'effondrement de l'expérience parlementaire et le coup d'Etat militaire du 30 mars 1949 sera le premier d'une série qui se terminera en 1954 avec la restauration de la démocratie et la tenue d'élections qui ont vu l'émergence d'une nouvelle génération politique (nationalistes arabes au sein du Baas ou du parti socialiste syrien, communistes.).
Un tournant, peut être fondamental dans l'échec de l'expérience démocratique syrienne, a été la création en 1958 de la Constitution de la République Arabe Unie (RAU) entre l'Egypte et la Syrie. L'unité proposée par Nasser était « totale » en ce qu'elle impliquait l'unité de l'ensemble des partis et en particulier la dissolution de la section syrienne du Baas. Devant la situation de guerre contre Israël ou de l'opposition à un axe pro-occidental Amman-Bagdad, de nombreux démocrates syriens ont opté pour l'unité sans en mesurer les conséquences sur les implications en terme de pluralité politique et de démocratie. Seul le parti communiste syrien a refusé et en paiera le prix en persécution et emprisonnement de ses militants.
En 1962, après l'échec de l'expérience de la RAU, le Baas se divisait en trois courants :
Un premier courant nationaliste arabe représenté par Michel Haflak ou Salah Bitar, un courant dirigé par des militaires pour la plupart provenant de la communauté alaouite représentée par Hafez Al Assad, Salah Jdid ou Mohamed Oumran et enfin un courant régionaliste représenté par le courant socialiste arabe d'Akram Al-Hourani.
La minorité des cadres militaires associés à Michel Haflak ont pris le pouvoir lors du coup d'Etat du 8 mars 1963 et mis en place un pouvoir autoritaire avec l'interdiction de nombreux journaux et la mise en place de lois d'urgence, de tribunaux spéciaux ou la nomination des députés au parlement. En février 1966, un nouveau coup d'Etat a permis à Hafez Al Assad, Salah Jdid et Nouredine Al Atassi de chasser leurs rivaux baasistes nationalistes du pouvoir et d'accentuer encore la répression politique.
La défaite de 1967 contre Israël accentuera la crise du nationalisme arabe et ancrera le Baas comme parti unique au service d'une dictature sanguinaire. En 40 ans, la répression du pouvoir syrien aura fait plus de 60000 prisonniers politiques et détruit toute société civile en Syrie. Le nombre de morts ou de disparus est estimé à plus de 60000 victimes dont 35000 lors de la répression de 1982 à Hama sous couvert de lutte contre les Frères Musulmans.
Les espoirs de démocratisation progressive du pouvoir syrien à la suite de la mort de Hafez Al-Assad en juin 2000 et l'arrivée au pouvoir de son fils Bachar (inaugurant à l'occasion un nouveau concept politique qui est envié dans de nombreux autres pays arabes comme l'Egypte ou la Libye, celui de république héréditaire) se sont vite refermés.
Le « printemps de Damas » lancé en septembre 2000 par la pétition de 99 intellectuels et artistes en faveur de droits civiques élémentaires et l'ouverture de « salons politiques » ouverts à la critique (même si policée) du pouvoir est maintenant clos. L'arrestation des opposants politiques s'est à nouveau multipliée et les anciens cercles militaires, affairistes et mafieux qui sont au coeur du pouvoir ont repris la place qu'ils avaient du temps de Hafez père.
Aujourd'hui, de nombreuses contradictions traversent la junte militaire au pouvoir qui cherche non seulement à sauver sa place mais aussi à éviter un retour de bâton qui pourrait toucher l'ensemble de la communauté alaouite dont elle est issue.
La Syrie participe à la guerre anti-terroriste de G.W. Bush, elle collabore avec la CIA et a même accepté l'ouverture de négociations avec Israël. Devant le refus net d'Israël de tout arrangement et la volonté affichée par les Etats-Unis de faire tomber le régime, le pouvoir syrien maintient en parallèle des alliances avec l'Iran.
Ces deux stratégies sont précaires, la première risque d'affaiblir le pouvoir en le mettant en porte à faux sur le seul sujet où il a encore un soutien populaire et qui constitue le mythe fondateur de la république syrienne, le second est de circonstance et rien ne dit que l'Iran, dont la politique est avant tout pragmatique et soucieuse de son intérêt national, ne change d'alliance ou ne trouve un compromis avec Washington ou l'Europe, isolant la Syrie.
Au final, on assiste à un affaiblissement du pouvoir en place qui se crispe et se radicalise aux dépends de la population syrienne qui est la première victime des conflits au sommet de l'Etat.
Ce qui sauve encore le régime est le fait que les Etats-Unis n'ont pas d'alternative. Il n'y a ni opposition politique ni société civile capable de prendre la relève. En cas de chute du régime, les tensions entre communautés risqueraient de reproduire un scénario à l'irakienne que les Etats-Unis ne peuvent se permettre pour l'instant. De plus, le pouvoir syrien, sachant que c'est une condition de son maintien, a toujours empêché toute résistance à la frontière du Golan occupé et déplacé la résistance à l'occupation au niveau du Liban.
La résolution 1559 demandant le retrait syrien du Liban et le désarmement du Hezbollah, établie avec la collaboration de la France et sous la pression internationale à la suite de l'assassinat du Premier Ministre libanais Rafic Hariri, paraît être plus destinée à casser l'emprise syrienne sur le Liban et à rompre le lien avec le Hezbollah qu'à faire chuter le régime. En témoigne le fait que les récentes interpellations d'opposants et de journalistes n'aient entraîné aucune réaction internationale ou encore cet autre fait que c'est le Liban qui est actuellement bombardé. La stratégie des Etats-Unis et d'Israël est d'isoler et de neutraliser la Syrie et non de faire émerger une démocratie en Syrie, laquelle serait nécessairement contraire à leurs intérêts dans la région.
Dans cet imbroglio, l'espoir tient dans l'éveil de la société civile syrienne et des démarches comme la « déclaration de Damas » faite en octobre 2005 qui a uni la quasi-totalité de l'opposition syrienne pour en appeler à un « changement démocratique radical », à l'arrêt de l'état d'urgence imposé par la junte militaire et au respect de l'Etat de droit.
Une autre note d'espoir pourrait être le règlement du conflit israelo-arabe et le retour du Golan syrien qui retirerait à la junte militaire l'une de ses justifications principales et permettrait de sortir du conservatisme qui touche une société sclérosée et au bord de l'effondrement.
Malheureusement, les politiques d’agression et d’occupation menées par Israël et les Etats-Unis au Moyen-Orient sous le regard d’une communauté internationale impuissante renforce le pouvoir syrien (et iranien) qui a alors beau jeu de se présenter comme seul pôle d’opposition. Toute critique à son encontre sera alors présentée comme un soutien indirect à la politique américaine et la triste farce pourra continuer...
Frédéric Sarkis, secretaire de la commission transnationale des Verts
