Non à une réintroduction du « ministère des colonies » en France.
Par frederic le lundi 19 mars 2007, 14:13 - Commentaires du jour - Lien permanent
Nicolas Sarkozy se revendique d’un
« humanisme » hérité et fier des croisades et de la colonisation. Les
discours comme ceux prononcés le 7 février à Toulon ou le 9 mars à Caen étaient
tellement caricaturaux...
... dans leur imitation des discours coloniaux du XIXème siècle, que l’on ne pouvait croire qu’il pensait vraiment ce qu’il disait. Il y avait encore l’espoir que cela ne soit que des discours populistes destinés à s’attirer le vote raciste mais qui n’auraient pas de réalité politique tangible.
Malheureusement, sa proposition de faire un ministère de « l’immigration et de l’identité française » fait froid dans le dos et montre qu’il parle sérieusement.
Un tel ministère serait chargé de « gérer » l’immigration et probablement de bien s’assurer que les immigrés aient « intégré » l’identité française. Le « contrat d’intégration » qui existe déjà va donc probablement se durcir ou laisser place à un « statut juridique de l’immigré » avec des droits et des devoirs définis dans la loi. Ce que propose Nicolas Sarkozy est que l’Etat vérifie que les « nouveaux Français » et leurs enfants aient bien « intégré » les « valeurs françaises » avant de les faire accéder au statut de « vrais Français ». On est en train de recréer l’intégration progressive dans la nation qui a été proposée aux colonisés en Algérie. Si, sans Nicolas Sarkozy, les discriminations font qu’il y a déjà différents types de Français dans les pratiques, avec lui, ce sera bientôt aussi dans la loi et dans l’administration républicaine.
Si Jean-Marie Le Pen propose d’exclure tous ceux qui ne font pas déjà partie de la « Nation véritable », Nicolas Sarkozy propose d’exclure ceux qui ne sont pas considérés comme "économiquement utiles" et de garder les autres en les gérant administrativement, ne serait-ce que pour pouvoir les exclure à nouveau si la situation économique se dégradait.
Le capitalisme et la République que propose Nicolas Sarkozy va gérer administrativement l’immigration d’aujourd’hui et, vu la proximité qui existe dans les représentations, les héritiers de celle d’hier. Puis, l’exception devenant la règle, ce sera l’ensemble de la population qui progressivement se verra « administrée » selon les besoins économiques.
Par rapport à tous ceux qui disent que Nicolas Sarkozy essaie d’approcher les discours du Front National, ils se trompent : il ne s’inspire pas de M. Le Pen, il le surpasse. Il a trouvé une source beaucoup plus riche et intelligente : l’histoire coloniale de la France (et ceci en remontant même aux croisades).
Vu l’intelligence politique de ce personnage, il ne lui aura pas manqué de penser qu’à « copier » le discours de Le Pen, il n’attirerait jamais ses électeurs du fait du principe bien connu : « les gens préfèrent l’original à la copie ». S’il veut récupérer le vote raciste, il doit trouver une « légitimité » antérieure plus « riche» que les discours simplistes (même si efficaces) d’un Le Pen. Avec l’histoire coloniale, Il peut s’appuyer sur la pensée des chantres de la colonisation comme Lyautey, Jules Ferry et des dizaines d’autres. La mise à jour de ces discours dans le contexte d’aujourd’hui a même déjà été faite pour lui. Il lui suffit de lire quelques livres de Pascal Bruckner sur la « repentance » ou les interviews de Finkielkraut sur les révoltes ethniques pour se forger un discours visant non seulement l’électorat d’extrême droite mais l’ensemble de la société, droite et gauche comprises.
Aujourd’hui, le colonialisme peut encore être revendiqué fièrement en France; espérons que ce seront les valeurs de l’anticolonialisme (qui, il ne faut pas l’oublier, a une longue histoire en France) qui remporteront la « guerre des valeurs » qu’a participé à ouvrir la loi du 23 février sur le rôle « positif » de la colonisation.
