La classe noble a simplement été « dissoute ». Par la suite, la laïcité a permis de sortir de l’emprise du clergé sur l’institution républicaine et les idées socialistes et marxistes ont permis de mettre en évidence l’existence de classes (sociales) « informelles » produites par le système capitaliste, définies par leur place dans le processus de production.

Les classes « indigènes » et « esclaves » ont longtemps été oubliées ou délaissées. Plus tard, lors des mouvements de décolonisation ou anti-esclavagistes, ce qu’on appelait le « code noir » et le « code de l’indigénat » ont été supprimés. Cependant, les pratiques institutionnelles et représentations coloniales continuent à subsister dans notre République, produisant discriminations et exclusions.

Le modèle jacobin porte en lui-même les fondements de ce continuum colonial. Un humanisme abstrait déconnectant les hommes de leur environnement et de la société produit un imaginaire républicain qui se retrouve encore dans nos modes de représentation. L’idée «d’un homme pour un peuple » est caractéristique de cet état d’esprit produisant une représentation normalisée et mythifiée du "Français type" qui doit être de sexe masculin, hétérosexuel, catholique et blanc.

Le discours hérité de l’époque coloniale expliquant que les « Arabes » ou « Musulmans » du fait de leur religion ou culture ne sont pas doués de « raison » et ne sont pas capables de comprendre les notions « d’individu », de « laïcité » ou de « République », justifie de leur appliquer un traitement « d’exception ». Ainsi, se créent différents degrés de citoyenneté. Certains ont accès d’office aux droits de la République alors que d’autres doivent en permanence montrer « patte blanche » et en attendant n’ont droit qu’à ses seuls devoirs.

Il faut aujourd’hui sortir de la vision normative de la citoyenneté et partir des singularités individuelles pour produire un espace commun où chacun trouve sa place. Une direction féconde pourrait être d'une part la sortie des thèses du multiculturalisme en vigueur dans l’espace idéologique américain et d'autre part l'abandon de l' « universalisme assimilationniste franchouillard » en y substituant la recherche du cosmopolitisme. Accepter que les identités s’additionnent et ne se contredisent pas. Faire que les origines ethniques et religieuses des citoyens ne puissent donner lieu à un traitement différencié. Il n’y a pas, dans cette conception, de peuple élu, de race ou de civilisation supérieure.

L’écologie populaire, en définissant l’être humain comme habitant d’un territoire, en donne une vision laïque qui n’est pas définie par une appartenance à une catégorie donnée (couleur de peau, ethnie, religion, nationalité etc…). Cette définition n’est pas exclusive et n’entre pas en contradiction avec les diverses singularités ou identités que peut avoir un individu: les identités s’additionnent et ne se contredisent pas !

Elle considère l’individu dans toute sa diversité et ne l’essentialise pas en le ramenant sans cesse à une catégorie donnée (couleur de peau, religion, culture, nation d’origine…). Les nations, les religions ou les cultures ne doivent ainsi pas être comprises comme des caractéristiques figées qui définissent l’Homme mais comme des institutions spirituelles et temporelles, aptes à évoluer dans le temps et destinées à répondre au besoin des hommes et femmes de s’organiser collectivement.

La mise en place d’une vraie citoyenneté de résidence, en donnant une définition territoriale de la citoyenneté, permet aux humains de s’organiser collectivement au-delà des références ethnique, nationale, religieuse ou culturelle. Voilà qui permettra réellement de déconstruire la part coloniale qui subsiste dans nos représentations et institutions.

Frédéric Farid Sarkis